Prix Goncourt 2020 : portrait-robot du futur lauréat

Le ou la lauréat·e 2020 du plus grand prix littéraire français sera dévoilé·e le 27 octobre par l’académie Goncourt. En attendant, nous lançons les pronostics par une exploration statistique de 117 ans de prix Goncourt.

Mardi 6 octobre, l’Académie Goncourt a dévoilé les huit ouvrages encore en lice pour le prix 2020 à l’issu de sa deuxième sélection. L’année dernière, Jean-Paul Dubois décrochait le gros lot avec Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, offrant à la maison d’édition L’Olivier son premier prix Goncourt. Entre constantes et renouvellement, retour en quelques chiffres sur l’histoire du prix Goncourt, pour tenter de cerner le profil type du ou de la lauréat·e.

Seulement 12 lauréates

Un coup d’œil au palmarès du prix Goncourt suffit pour rappeler que la littérature reste le domaine privilégié des hommes. Depuis 1903 et la création du prix, seulement 12 femmes ont été récompensées. Il a fallu attendre 1944 pour voir une première lauréate, Elsa Triolet, avec Le premier accroc coûte deux cents francs. Si la tendance s’améliore légèrement, on ne compte que trois lauréates sur les vingt dernières années. Sur les huit noms de la sélection dévoilée mardi dernier, ne figurent plus que deux femmes, Djaïli Amadou Amal et Irène Frain, alors qu’elles étaient six dans la première sélection de quinze. Les statistiques ne jouent donc pas en faveur des deux rescapées.

Quel âge ont les prix Goncourt?

L’’âge moyen des écrivain·es récompensé·es depuis 1903 est de 42 ans. A noter toutefois une tendance nette au vieillissement des lauréat·es : la moyenne était de 34 ans sur les vingt premières années (1903–1923). Elle est de 50 ans sur les 20 dernières années, avec un écart-type de 10, ce qui signifie que la plupart des auteur·es ont entre 40 et 60 ans. Quatre des huit dernier·es sélectionné·es entrent dans cet intervalle. Hervé le Tellier, 63 ans, en est à la limite. Irène Frain et Jean-Pierre Martin, respectivement 70 et 72 ans, sont bien au-dessus, tandis que le benjamin, Miguel Bonnefoy, n’a que 33 ans. Notons que Jean-Paul Dubois, récompensé l’an dernier à 69 ans, était le lauréat le plus âgé après Maguerite Duras, 70 ans, en 1984 .

Gallimard et Grasset monopolisent les lauriers

Du côté des maisons d’édition, la tendance est à la récidive. Depuis 1903, seize maisons d’édition n’ont gagné qu’un seul prix Goncourt. les 101 autres prix se sont partagés entre les publications de 12 maisons d’édition. Gallimard est loin devant avec 37 publications récompensées. Les éditions Grasset et Albin Michel complètent le podium, avec respectivement 17 et 12 lauréat·es. Sur les vingt dernières années, l’émergence d’Actes Sud est notable, avec 5 lauréat·es, presque autant que Gallimard.

Cette année, Actes Sud et Albin Michel sont absents de la deuxième sélection. Gallimard conserve un certain ascendant, tandis que trois petits nouveaux vont tenter leur chance: les éditions Emmanuelle Collas, Rivages et Verdier. Verra-t-on gagner, comme l’an passé, un ouvrage d’un éditeur encore inconnu du palmarès Goncourt?

Un prix franco-français?

Le prix Goncourt récompense des ouvrages en langue française, mais ne se limite pas aux auteur·es français·es. Sur le plan de la diversité, 24 lauréat·es sur 117 sont né·es hors de France métropolitaine, à commencer par l’américain John-Antoine Nau, premier lauréat en 1903. Sur les huit finalistes 2020, on en compte deux : Mohammed Aïssaoui, Français né à Alger, et Djaïli Amadou Amal, née à Maroua au Cameroun.

Encore un roman historique?

Voilà une vingtaine d’années que les romans à teneur historique sont en vogue parmi le jury des prix Goncourt : depuis La maîtresse de Brecht, de Jacques-Pierre Amette (2003), à L’ordre du jour d’Éric Vuillard (2017), en passant par Les bienveillantes de l’Américain Jonathan Littell (2006), ou encore Au-revoir là-haut, de Pierre lemaître (2013). Cette année, les romans à teneur historique de Sarah Chiche, Tobie Nathan et Camille Pascal, présents dans la première sélection, ont été écartés de la deuxième. Parmi ceux qui restent, Maël Renouard, dont le roman L’historiographe du royaume transpose les Mille et une nuits dans le Maroc du XXe siècle, et Miguel Bonnefoy, avec sa saga familiale Héritage, s’inscrivent dans cette lignée. Les six autres offrent des genres très divers : roman social pour Mohammed Aïssaoui, d’aventure chez Toledo, psychologique chez Martin, autobiographique pour Frain, féministe chez Amadou Amal et un tantinet fantastique pour Hervé Le Tellier.

Qui sera le ou la lauréat·e 2020 ? Les statistiques présentées plus haut, si on les croise, jouent en faveur de Maël Renouard: homme de 41 ans, qui signe un roman historique aux éditions Grasset. Dans une moindre mesure, Hervé Le Tellier et de Mohammed Aïssaoui correspondent également au profil. Reste à voir si le jury fera le choix de la tradition ou de la nouveauté.

Isabelle Missiaen

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